{"id":870,"date":"2011-01-20T16:59:52","date_gmt":"2011-01-20T15:59:52","guid":{"rendered":"http:\/\/rt.boullier.fr\/?p=870"},"modified":"2011-01-20T16:59:52","modified_gmt":"2011-01-20T15:59:52","slug":"art870","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/2011\/01\/20\/art870\/","title":{"rendered":"Questions sur les \u00ab\u00a0Villages roms\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\">Les &quot;villages roms&quot; ou la r&eacute;invention des cit&eacute;s de transit<\/h2>\n<div>par Olivier Legros, le 03\/01\/2011<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Les migrants roms bulgares et roumains ne font pas seulement l&rsquo;objet de reconduites au pays d&rsquo;origine. Certaines familles s&eacute;lectionn&eacute;es sont accueillies dans des &quot;villages d&rsquo;insertion&quot; qui, selon l&rsquo;auteur, rappellent &eacute;trangement les cit&eacute;s de transit construites pour les immigrants des ann&eacute;es soixante. L&rsquo;&Eacute;tat serait-il en train de r&eacute;p&eacute;ter l&rsquo;histoire d&rsquo;une int&eacute;gration manqu&eacute;e des travailleurs &eacute;trangers ?<\/div>\n<div>(cc)wikimedia<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&Agrave; l&rsquo;heure o&ugrave;, largement port&eacute;e par les plus hautes sph&egrave;res de l&rsquo;&Eacute;tat, sans doute &agrave; des fins de l&eacute;gitimation et de reconqu&ecirc;te &eacute;lectorale, la &laquo; question rom &raquo; est quotidiennement d&eacute;battue dans les m&eacute;dias, on peut s&rsquo;interroger sur les politiques mises en place par les pouvoirs publics dans les bidonvilles et autres &laquo; campements illicites &raquo;.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>En mars 2007, les pouvoirs locaux ont inaugur&eacute;, avec les r&eacute;sidents et quelques repr&eacute;sentants d&rsquo;associations, un &laquo; village d&rsquo;insertion de Roms &raquo; dans l&rsquo;une des zones industrielles d&rsquo;Aubervilliers. Les ann&eacute;es suivantes, d&rsquo;autres &laquo; villages &raquo; ont vu le jour dans les communes voisines de Saint-Denis, Bagnolet, Saint-Ouen et Montreuil. Mis en place par la sous-pr&eacute;fecture et par les collectivit&eacute;s locales, ces dispositifs sont destin&eacute;s &agrave; des Roms, bulgares ou roumains, habitant les grands bidonvilles qui s&rsquo;&eacute;taient d&eacute;velopp&eacute;s les ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes sur les terrains vagues &ndash; le plus souvent des friches industrielles &ndash; de l&rsquo;ancienne banlieue rouge de Paris. Constitu&eacute;s de constructions modulaires, les &laquo; villages &raquo; abritent chacun, pour une p&eacute;riode de trois &agrave; cinq ans maximum, une vingtaine de familles s&eacute;lectionn&eacute;es qui sont cens&eacute;es apprendre, au sein du &laquo; village &raquo;, les r&egrave;gles de la soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;accueil avant d&rsquo;acc&eacute;der &agrave; un logement de droit commun. Les pouvoirs publics seraient-ils aujourd&rsquo;hui en train de r&eacute;inventer les cit&eacute;s de transit afin d&rsquo;encadrer les migrants roms en situation pr&eacute;caire aux portes de la capitale ? Construites presque un demi-si&egrave;cle plus t&ocirc;t dans le cadre de l&rsquo;&eacute;radication des bidonvilles portugais ou maghr&eacute;bins, ces derni&egrave;res devaient, en effet, constituer le temps de l&rsquo;int&eacute;gration des habitants &agrave; la soci&eacute;t&eacute; urbaine, une sorte de sas entre le bidonville et les logements ordinaires.<\/div>\n<h4>Des projets exp&eacute;rimentaux&hellip;<\/h4>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&Agrave; premi&egrave;re vue, la r&eacute;ponse est n&eacute;gative car les &laquo; villages &raquo; sont pr&eacute;sent&eacute;s par les acteurs institutionnels comme des projets exp&eacute;rimentaux. De fait, leur mise en place semble li&eacute;e &agrave; la r&eacute;solution de deux probl&egrave;mes particuliers : 1) l&rsquo;&eacute;vacuation de grands bidonvilles qui emp&ecirc;chent la r&eacute;alisation d&rsquo;op&eacute;rations d&rsquo;urbanisme et qui, plus largement, freinent la reconqu&ecirc;te des friches industrielles aux portes de Paris ; 2) les r&eacute;actions de l&rsquo;opinion locale, qui oscillent entre rejet et compassion. En outre, l&rsquo;op&eacute;ration &laquo; villages &raquo; s&rsquo;adresse &agrave; un public qui n&rsquo;entre pas dans les cat&eacute;gories habituelles de l&rsquo;action publique. Les Roms roumains et bulgares sont en effet une population m&eacute;connue des services publics et des travailleurs sociaux. Ce sont, de plus, des personnes en situation irr&eacute;guli&egrave;re sur le territoire fran&ccedil;ais m&ecirc;me s&rsquo;il s&rsquo;agit de citoyens europ&eacute;ens qui, par cons&eacute;quent, jouissent de la libert&eacute; de circulation dans l&rsquo;espace communautaire [1]. Enfin, les institutions en charge des &laquo; villages &raquo; s&rsquo;inscrivent bien dans le &laquo; nouvel esprit de l&rsquo;action publique &raquo; (Blondiaux et Sintomer 2002). D&rsquo;une part, elles reprennent &agrave; leur compte des principes de la lutte contre l&rsquo;exclusion des ann&eacute;es 90 : l&rsquo;implication d&rsquo;associations conventionn&eacute;es, l&rsquo;accompagnement social centr&eacute; sur la personne, et la mobilisation d&rsquo;instruments de financement r&eacute;cents, &agrave; savoir l&rsquo;aide au logement temporaire et la &laquo; Ma&icirc;trise d&rsquo;&oelig;uvre urbaine sociale &raquo;. D&rsquo;autre part, les institutions recourent aux techniques gestionnaires et manag&eacute;riales actuelles que sont l&rsquo;&eacute;valuation, la contractualisation, la mise en place de comit&eacute;s de pilotage auxquels participent les autorit&eacute;s locales, les associations mandat&eacute;es et les services de l&rsquo;&Eacute;tat. Les &laquo; villages &raquo; s&rsquo;inscrivent donc bien dans l&rsquo;air du temps.<\/div>\n<h4>&nbsp;<\/h4>\n<h4>Les similitudes entre &laquo; villages &raquo; et &laquo; cit&eacute;s de transit &raquo;<\/h4>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Pourtant, ces dispositifs pr&eacute;sentent d&rsquo;ind&eacute;niables similitudes avec des exp&eacute;riences plus anciennes, en particulier avec celle des cit&eacute;s de transit : le regroupement des populations-cibles sur des sites &agrave; part, l&rsquo;application d&rsquo;un r&eacute;gime sp&eacute;cifique (les visites sont interdites dans le &laquo; village &raquo; sauf autorisation du gestionnaire de site) ; le couplage de l&rsquo;h&eacute;bergement avec le travail social dont l&rsquo;objectif est non seulement l&rsquo;insertion &eacute;conomique et sociale des b&eacute;n&eacute;ficiaires mais aussi l&rsquo;int&eacute;riorisation des normes dominantes de la soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;accueil et, par cons&eacute;quent, la modification des comportements. Comme les cit&eacute;s, les &laquo; villages &raquo; sont donc plus que des dispositifs d&rsquo;h&eacute;bergement et de protection ; ils constituent des instruments de pouvoir qui permettent d&rsquo;encadrer les populations cibles et de d&eacute;terminer leurs conduites. En d&rsquo;autres termes, ce sont des outils de contr&ocirc;le et d&rsquo;assimilation.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>D&rsquo;une p&eacute;riode &agrave; l&rsquo;autre, la gen&egrave;se des politiques pr&eacute;sente &eacute;galement des points communs. Au d&eacute;part les cit&eacute;s de transit sont des exp&eacute;riences dispers&eacute;es. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr&egrave;s plusieurs ann&eacute;es qu&rsquo;elles ont fini par former une politique &agrave; peu pr&egrave;s coh&eacute;rente dont le but &eacute;tait, &agrave; la fin des ann&eacute;es 60, de mettre un terme au &laquo; scandale des bidonvilles &raquo; (Tricard 1997 ; Noiriel 2006). Aujourd&rsquo;hui, les &laquo; villages &raquo; paraissent prendre le m&ecirc;me chemin : bricolages &agrave; l&rsquo;initiative des acteurs locaux, ces dispositifs font des &eacute;mules en r&eacute;gion parisienne et dans d&rsquo;autres villes. La p&eacute;riode actuelle rappelle aussi la fin des ann&eacute;es 60 car les &eacute;lus de la banlieue rouge et les associations pressent l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;agir en direction des migrants en situation pr&eacute;caire, cela en s&rsquo;inspirant de l&rsquo;exp&eacute;rience des &laquo; villages &raquo;. Comme les cit&eacute;s 40 ans plus t&ocirc;t, les &laquo; villages &raquo; semblent ainsi en train de devenir la solution des pouvoirs publics en mati&egrave;re d&rsquo;intervention dans les bidonvilles.<\/div>\n<div>Contr&ocirc;ler et encadrer les &eacute;trangers ind&eacute;sirables<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Ce faible renouvellement des modes d&rsquo;intervention traduit bien la difficult&eacute; qu&rsquo;ont les acteurs officiels (institutions et associations mandat&eacute;es) &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir et &agrave; agir en dehors des champs, pour le moins balis&eacute;s, de la prise en charge institutionnelle et de l&rsquo;assimilation sous tutelle. Pour comprendre cet &eacute;tat de fait, il faut &eacute;tudier les processus de cat&eacute;gorisation dont les migrants font l&rsquo;objet. En effet, les Roms roumains et bulgares sont, comme les travailleurs maghr&eacute;bins ou portugais au milieu du XXe si&egrave;cle, assimil&eacute;s &agrave; des &eacute;trangers ind&eacute;sirables, voire &agrave; des criminels, qu&rsquo;il s&rsquo;agit par cons&eacute;quent de contr&ocirc;ler et d&rsquo;encadrer. Aussi les interventions dans les bidonvilles combinent-elles trois op&eacute;rations qui ob&eacute;issent &agrave; des logiques s&eacute;curitaires :<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>* Le tri des populations. R&eacute;alis&eacute;e au moment de l&rsquo;&eacute;vacuation des bidonvilles, l&rsquo;op&eacute;ration consiste &agrave; s&eacute;lectionner quelques familles identifi&eacute;es comme int&eacute;grables au regard de certains crit&egrave;res (tels que la taille du m&eacute;nage, le casier judiciaire, la scolarisation des enfants, la ma&icirc;trise du fran&ccedil;ais et les comp&eacute;tences professionnelles), et d&rsquo;exclure les autres, soit la majorit&eacute; des habitants du bidonville, qui se voient proposer une aide au retour dans leur pays d&rsquo;origine pour raisons humanitaires. Cette aide comporte deux volets : l&rsquo;organisation, aux frais de l&rsquo;&Eacute;tat, du voyage de retour et l&rsquo;octroi d&rsquo;une prime (300 euros par adulte, 100 par enfant).<\/div>\n<div>* Le cantonnement des familles s&eacute;lectionn&eacute;es dans les &laquo; villages &raquo;, structures ferm&eacute;es, sous surveillance, o&ugrave; les visites sont interdites, sauf autorisation du gestionnaire de terrains. Par cons&eacute;quent, le &laquo; village &raquo; constitue &agrave; l&rsquo;instar de nombreux autres camps, un espace disciplinaire, m&ecirc;me s&rsquo;il faut rappeler que les r&eacute;sidents sont libres de quitter le dispositif s&rsquo;ils le souhaitent.<\/div>\n<div>* L&rsquo;&eacute;loignement des ind&eacute;sirables, qui se traduit actuellement par la multiplication des reconduites &agrave; la fronti&egrave;re et par l&rsquo;intensification des &eacute;vacuations de &laquo; camps ill&eacute;gaux &raquo;, pour reprendre la terminologie officielle. Initi&eacute;e par les acteurs locaux, cette politique d&rsquo;in-stabilisation des migrants roms en situation pr&eacute;caire fait aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet d&rsquo;une campagne nationale orchestr&eacute;e par le minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur.<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>Les institutions paraissent ainsi davantage soucieuses du maintien de l&rsquo;ordre que de l&rsquo;accueil ou de l&rsquo;int&eacute;gration des migrants en situation pr&eacute;caire. Comme les cit&eacute;s d&rsquo;hier, les &laquo; villages &raquo; d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont avant tout des instruments de r&eacute;gulation visant &agrave; r&eacute;tablir l&rsquo;autorit&eacute; des pouvoirs publics sur leurs territoires respectifs, &agrave; contr&ocirc;ler les populations mal identifi&eacute;es et, parfois, &agrave; lib&eacute;rer des terrains pour des op&eacute;rations d&rsquo;urbanisme. Il convient toutefois de souligner le fait que ces politiques ne sont pas viables. Le traitement sp&eacute;cifique et l&rsquo;assimilation sous tutelle accentuent les processus de marginalisation, ainsi que l&rsquo;a montr&eacute; l&rsquo;exp&eacute;rience des cit&eacute;s de transit (Petonnet, 1985). Quant &agrave; l&rsquo;aide au retour humanitaire, elle ne tient pas compte des difficult&eacute;s que rencontrent les Roms roumains et bulgares dans leurs pays d&rsquo;origine, qui incitent nombre d&rsquo;entre eux &agrave; revenir en France. Il y a donc fort &agrave; parier que les Roms roumains et bulgares en situation pr&eacute;caire fassent d&eacute;sormais partie du paysage urbain, en France comme dans les autres pays d&rsquo;Europe occidentale. Aussi peut-on penser qu&rsquo;en se focalisant, comme c&rsquo;est le cas aujourd&rsquo;hui, sur les questions de police et d&rsquo;ordre, les nouvelles politiques du bidonville favoriseront, comme les cit&eacute;s de transit 40 ans plus t&ocirc;t, l&rsquo;&eacute;mergence de formes de marginalit&eacute; durables. Les pouvoirs publics sont probablement en train de construire l&rsquo;une des questions sociales auxquelles nous serons confront&eacute;s dans les prochaines ann&eacute;es<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n<div>&nbsp;<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A lire cette analyse pertinente d&rsquo;Olivier LEGROS  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-870","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-migrants-roms"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/870","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=870"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/870\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=870"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=870"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=870"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}