{"id":687,"date":"2009-09-17T17:32:51","date_gmt":"2009-09-17T16:32:51","guid":{"rendered":"http:\/\/rt.boullier.fr\/?p=687"},"modified":"2009-09-17T17:32:51","modified_gmt":"2009-09-17T16:32:51","slug":"art687","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/2009\/09\/17\/art687\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Libert\u00e9\u00a0\u00bb (Korkoro) de Tony Gatlif"},"content":{"rendered":"<p>{{ {{{ Festival des films du monde &#8211; Un chantre pour les sans-voix}}} }}<\/p>\n<p>ODILE TREMBLAY<br \/>\n\u00c9dition du vendredi 28 ao\u00fbt 2009 Le Devoir.com<\/p>\n<p>Dans le film Libert\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9 aujourd&rsquo;hui en comp\u00e9tition au FFM, le cin\u00e9aste de Latcho Drom et de Gadjo Dilo aborde un chapitre occult\u00e9 du IIIe Reich: le g\u00e9nocide des gitans. Marie-Jos\u00e9e Croze y incarne une Juste dans un petit village fran\u00e7ais sous l&rsquo;Occupation.<br \/>\nRare oiseau burin\u00e9 sous le soleil cin\u00e9matographique, avec sa d\u00e9gaine de malfrat exotique, le Fran\u00e7ais Tony Gatlif est le chantre d&rsquo;une communaut\u00e9 peu d\u00e9fendue, dispers\u00e9e, en marche sur un air de violon: les Roms. Un p\u00e8re alg\u00e9rien kabyle, une m\u00e8re gitane. D&rsquo;eux lui vint le go\u00fbt du nomadisme et de la musique du peuple des routes. Surtout depuis le remarquable Latcho Drom en 1993, qui remontait le parcours des Roms de l&rsquo;Inde jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Andalousie en danses et en musiques, il se fait le porte-voix des sans-voix. Dans ses derni\u00e8res oeuvres, dont Swing, Exils et Transylvania, il s&rsquo;\u00e9tait un peu \u00e9loign\u00e9 de son th\u00e8me de pr\u00e9dilection, mais Gatlif y replonge aujourd&rsquo;hui avec Korkoro (Libert\u00e9). \u00abJe fais un cin\u00e9ma de m\u00e9moire\u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Sc\u00e9nariste et r\u00e9alisateur, Tony Gatlif collabore aussi \u00e0 la musique, \u00e2me de ses films.<\/p>\n<p>Dans un petit village du centre de la France occup\u00e9e, Libert\u00e9 met en sc\u00e8ne un maire (Marc Lavoine) et une institutrice r\u00e9sistante, mademoiselle Lundi (Marie-Jos\u00e9e Croze), qui tentent de prot\u00e9ger un groupe de Tziganes menac\u00e9s de d\u00e9portation. Ce film rev\u00eat une importance particuli\u00e8re pour le cin\u00e9aste. Aucun film n&rsquo;avait abord\u00e9 de fa\u00e7on frontale ce chapitre occult\u00e9 du g\u00e9nocide gitan et de la quarantaine de camps o\u00f9 la France les parquait durant ces ann\u00e9es noires. Cinq cent mille morts, dont plusieurs envoy\u00e9s \u00e0 Auschwitz. \u00abIls \u00e9taient les premiers envoy\u00e9s dans des camps pour des exp\u00e9riences m\u00e9dicales. En France, on a commenc\u00e9 \u00e0 les d\u00e9porter avant la guerre et ils sont demeur\u00e9s dans des camps jusqu&rsquo;en 1946. Le pays ne savait que faire de ces nomades, trait\u00e9s comme du b\u00e9tail.\u00bb<\/p>\n<p>Pour son r\u00f4le, Marie-Jos\u00e9e Croze a rencontr\u00e9 la v\u00e9ritable mademoiselle Lundi, aujourd&rsquo;hui nonag\u00e9naire. \u00abEn fait, elle n&rsquo;a pas aid\u00e9 les gitans, faute d&rsquo;en avoir rencontr\u00e9 autour d&rsquo;elle, mais elle a fait de faux papiers pour des Juifs, des aviateurs anglais, explique l&rsquo;actrice qu\u00e9b\u00e9coise, install\u00e9e \u00e0 Paris. Cette dame avait v\u00e9cu trois ans dans les camps de concentration, ses deux fr\u00e8res furent d\u00e9port\u00e9s, tortur\u00e9s. C&rsquo;est sa dignit\u00e9 qui m&rsquo;a frapp\u00e9e, son sens de l&rsquo;\u00e9thique transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration dans sa famille, foyer de r\u00e9sistance m\u00eame sous la Premi\u00e8re Guerre. Elle ignorait la peur et se battait en solitaire. Je me suis moul\u00e9e dans sa posture, sa droiture.\u00bb<\/p>\n<p>Marie-Jos\u00e9e Croze fut ravie de jouer dans un film de Tony Gatlif. \u00abLatcho Drom avait tellement compt\u00e9 pour moi&#8230; Et puis, comme ce fut le cas avec Ararat, d&rsquo;Egoyan, sur le g\u00e9nocide arm\u00e9nien, j&rsquo;ai aim\u00e9 participer \u00e0 un film politiquement engag\u00e9, qui sert \u00e0 quelque chose.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abPour le personnage du maire [incarn\u00e9 par le chanteur-acteur Marc Lavoine], je me suis inspir\u00e9 aussi d&rsquo;un personnage r\u00e9el, pr\u00e9cise le cin\u00e9aste: un notaire qui avait donn\u00e9 une terre en ruine \u00e0 un gitan, Taloche, pour lui permettre de sortir d&rsquo;un camp, en cessant d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un nomade. Mais en franchissant la fronti\u00e8re belge, il fut arr\u00eat\u00e9 et envoy\u00e9 \u00e0 Auschwitz, comme dans mon film.\u00bb<\/p>\n<p>Le film a r\u00e9clam\u00e9 une longue recherche en archives, alors que les Roms ne s&rsquo;expriment gu\u00e8re \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9crit. \u00abC&rsquo;est davantage qu&rsquo;un film; c&rsquo;est avant tout un document qui restera dans la m\u00e9moire des gitans, et qu&rsquo;ils pourront utiliser pour r\u00e9clamer \u00e0 la France une reconnaissance des torts qu&rsquo;elle leur a caus\u00e9s. Les enjeux sont importants et les gitans en sont conscients.\u00bb<\/p>\n<p>Tony Gatlif dit appr\u00e9cier le gros plan, cherchant \u00e0 capter l&rsquo;\u00e2me des personnages, le marchand de bonbons plut\u00f4t que les curiosit\u00e9s architecturales derri\u00e8re. Dans Libert\u00e9, il avait demand\u00e9 \u00e0 un vieux Rom et \u00e0 sa famille de faire les gestes du quotidien pour aider \u00e0 gu\u00e9rir un cheval malade. \u00abIls ont effectu\u00e9 tous leurs rituels: frotter le ventre de la jument, lui caresser les oreilles, l&#8217;embrasser, lui verser de la gn\u00f4le dans la gueule, prier. J&rsquo;ai d\u00e9couvert sur le plateau tous ces gestes admirables, habituels pour eux.\u00bb<\/p>\n<p>Tony Gatlif d\u00e9laissera l&rsquo;univers des gitans dans son prochain film pour aborder la trajectoire de deux adolescentes. Quant \u00e0 Marie-Jos\u00e9e Croze, elle se d\u00e9multiplie \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran: Je l&rsquo;aimais, de Zabou Breitman, d&rsquo;apr\u00e8s le roman d&rsquo;Anna Gavalda, sort bient\u00f4t dans nos salles, M\u00e8res et filles, de Julie Lopes-Curval, est pr\u00e9sent\u00e9 aussi au Festival des films du monde, et notre compatriote prim\u00e9e \u00e0 Cannes vient de terminer le tournage d&rsquo;Un balcon sur la mer, de Nicole Garcia.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le Qu\u00e9bec,bient\u00f4t sur les \u00e9crans.    Tony Gatlif va s\u00fbrement nous \u00e9tonner une nouvelle fois.  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