{"id":565,"date":"2008-09-01T22:31:58","date_gmt":"2008-09-01T21:31:58","guid":{"rendered":"http:\/\/rt.boullier.fr\/?p=565"},"modified":"2008-09-01T22:31:58","modified_gmt":"2008-09-01T21:31:58","slug":"art565","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/2008\/09\/01\/art565\/","title":{"rendered":"Toujours  la rumeur \u00e0 Marseille"},"content":{"rendered":"<p>{{ {{{Les Roms de Marseille en butte \u00e0 une vague d&rsquo;hostilit\u00e9<br \/>\n}}} }}<\/p>\n<p>LE MONDE | 12.08.08 <\/p>\n<p>Sur le pas de la porte de la maison qu&rsquo;ils squattent dans le 3e arrondissement de Marseille, Mariana et son \u00e9poux montrent l&rsquo;arri\u00e8re embouti de leur Opel break. Une b\u00e2che en plastique fait office de pare brise. La jeune femme raconte : \u00ab\u00a0Ils lui ont fonc\u00e9 dessus et ont jet\u00e9 des bouteilles en verre sur la voiture, en criant Romani ! Romani !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans la cour de cette friche industrielle, des cabanes qui abritaient des Roms ont r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 la cible de bouteilles remplies d&rsquo;essence et lanc\u00e9es avec un chiffon enflamm\u00e9. Mariana parle aussi de coups donn\u00e9s avec des battes de base-ball. La d\u00e9cision est arr\u00eat\u00e9e : cette jeune Roumaine de 25 ans et sa famille vont retourner \u00e0 Bucarest durant deux semaines, dans l&rsquo;espoir \u00ab\u00a0que \u00e7a se calme\u00a0\u00bb. Mais le retour se fera : \u00ab\u00a0On est venu \u00e0 Marseille car c&rsquo;est mieux ici.\u00a0\u00bb Dans les squats roms, dans les \u00e9coles o\u00f9 les enfants ont \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9s cet hiver, les t\u00e9moignages font \u00e9tat d&rsquo;une hostilit\u00e9 grandissante et de violences \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la derni\u00e8re communaut\u00e9 s&rsquo;\u00e9tant implant\u00e9e \u00e0 Marseille, principalement dans les quartiers les plus pauvres. Ils seraient mille \u00e0 mille cinq cents Tziganes de nationalit\u00e9 roumaine ou bulgare \u00e0 vivre dans les Bouches-du-Rh\u00f4ne depuis l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, en 2007. Log\u00e9s dans des conditions insalubres, sans eau, parfois sans \u00e9lectricit\u00e9, les Roms travaillent principalement au ramassage de la ferraille qu&rsquo;ils transportent dans des poussettes d&rsquo;enfants et dans des camionnettes, leurs outils de travail.<\/p>\n<p>Des camionnettes blanches qui ont aliment\u00e9, en juin, une rumeur largement relay\u00e9e par mails, SMS ou MMS sur les portables des adolescents marseillais, principalement ceux des cit\u00e9s des quartiers Nord de Marseille. Il se disait que les Roumains enlevaient des enfants en vue d&rsquo;un trafic d&rsquo;organes.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la propagation de la rumeur, le pr\u00e9fet de police et les autorit\u00e9s judiciaires n&rsquo;ont cess\u00e9 de souligner son caract\u00e8re infond\u00e9. Mais le samedi 21 juin, trois Roms ont \u00e9t\u00e9 violemment pris \u00e0 partie, \u00e0 la cit\u00e9 de La Bricarde (15e arrondissement). Leur voiture a \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9e. Ils \u00e9taient venus, ont-ils ensuite expliqu\u00e9, pour fouiller les poubelles. Des habitants les ont accus\u00e9s d&rsquo;avoir abord\u00e9 un gar\u00e7onnet. Tr\u00e8s vite, une soixantaine de personnes, appel\u00e9es en renfort de deux cit\u00e9s voisines, ont voulu en d\u00e9coudre avec ces trois Roumains r\u00e9fugi\u00e9s dans le local fr\u00e9quent\u00e9 par les personnes \u00e2g\u00e9es de la cit\u00e9, ainsi que l&rsquo;\u00e9quipage de Police-Secours appel\u00e9 sur les lieux.<\/p>\n<p>Leur \u00ab\u00a0exfiltration\u00a0\u00bb a n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;importants renforts et s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e sous un jet nourri de projectiles, n\u00e9cessitant l&rsquo;usage de Flash-Ball et de bombes lacrymog\u00e8nes. \u00ab\u00a0Ces violences urbaines ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une telle intensit\u00e9 que nous tenons \u00e0 en identifier les auteurs\u00a0\u00bb, assure-t-on au parquet. Dans cette cit\u00e9 construite en balcon au-dessus du port de Marseille, le sentiment anti-Rom a gagn\u00e9 les plus jeunes et s&rsquo;exprime avec une grande duret\u00e9. \u00ab\u00a0C&rsquo;est des pouilleux, ils prennent l&rsquo;eau dans les \u00e9gouts, paient pas de loyer\u00a0\u00bb, l\u00e2che ainsi Kader, adoss\u00e9 \u00e0 un mur du local r\u00e9serv\u00e9 aux jeunes de la cit\u00e9. \u00ab\u00a0Ils attendent les trucs p\u00e9rim\u00e9s \u00e0 ED et se jettent dessus. Quand ils mangent, ils doivent bien manger, avec les dents en or qu&rsquo;ils ont.\u00a0\u00bb Les copains acquiescent. La rumeur de juin a la peau dure : \u00ab\u00a0M\u00eame si on est marseillais et que la sardine bouche le port, y a toujours un fond de v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Bricarde &#8211; 700 logements, 3 500 habitants &#8211; est une cit\u00e9 bien tenue, anim\u00e9e par quelques commerces au pied des immeubles, o\u00f9 les jeunes dont les parents ou grands-parents sont issus de l&rsquo;immigration connaissent un ch\u00f4mage end\u00e9mique, voisin de 50 %. D\u00e9fenseur de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00ab\u00a0mieux vivre ensemble\u00a0\u00bb, Kamel Dachar, directeur de la r\u00e9gie de quartier, d\u00e9plore \u00ab\u00a0un fort communautarisme\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0A La Bricarde, les deux grands groupes, les Arabes et les Gitans, se respectent, se c\u00f4toient mais ne se m\u00e9langent pas. C&rsquo;est path\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mustapha, une figure de La Bricarde, assure que la cit\u00e9 est toujours \u00ab\u00a0aux aguets\u00a0\u00bb depuis l&rsquo;explosion de violence du 21 juin. \u00ab\u00a0Les Gitans, on les conna\u00eet. Ils nous demandent s&rsquo;ils peuvent prendre les encombrants, les carcasses de voitures. Les Roumains, eux, ne nous demandent rien, ils viennent en sous-marins. Ils ne parlent pas fran\u00e7ais, on a l&rsquo;impression qu&rsquo;ils ont quelque chose \u00e0 se reprocher.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette agression a terroris\u00e9 les familles roms. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai d\u00fb aller voir pourquoi les douze enfants inscrits \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole en f\u00e9vrier ne venaient subitement plus\u00a0\u00bb, explique une institutrice d&rsquo;un \u00e9tablissement proche des squats du 3e arrondissement. \u00ab\u00a0Ils m&rsquo;ont parl\u00e9 de cocktails Molotov jet\u00e9s sur leurs habitations, des enfants insult\u00e9s. C&rsquo;est dommage car ces \u00e9l\u00e8ves ont beaucoup de volont\u00e9, sont tr\u00e8s pr\u00e9sents, avides d&rsquo;apprendre et ont toutes les chances de progresser. \u00c7a a tout g\u00e2ch\u00e9.\u00a0\u00bb Son coll\u00e8gue Alain Mauro, instituteur en classe d&rsquo;initiation pour \u00e9l\u00e8ves non francophones \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole du Parc Bellevue, s&rsquo;\u00e9tait aussi inqui\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;absence des enfants en fin d&rsquo;ann\u00e9e scolaire. \u00ab\u00a0Les parents nous ont dit qu&rsquo;ils avaient peur.\u00a0\u00bb Les \u00ab\u00a0maraudes\u00a0\u00bb de la mission Roms de M\u00e9decins du monde, ces tourn\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 apporter des soins et des conseils administratifs, confirment l&rsquo;inqui\u00e9tude.<\/p>\n<p>Des squats, des campements semblent avoir \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s \u00e0 la h\u00e2te. Dans une maison squatt\u00e9e de la rue de Lyon, le Dr Philippe Rodier est accueilli par une odeur de pain chaud et les piaillements d&rsquo;enfants dans une piscine improvis\u00e9e. L&rsquo;eau est amen\u00e9e chaque jour par les femmes dans une vingtaine de grands bidons. En mai, Donitza et sa famille avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9log\u00e9es d&rsquo;un squat o\u00f9 vivaient quelque 70 Roms. Leur offre de payer un loyer, de r\u00e9gler l&rsquo;eau et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 n&rsquo;avait alors pas \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e. Le Dr Rodier examine une \u00e9chographie, donne deux bo\u00eetes d&rsquo;antibiotiques pour un abc\u00e8s dentaire. \u00ab\u00a0Ces gens sont d&rsquo;une tr\u00e8s grande dignit\u00e9 et ont une capacit\u00e9 extraordinaire d&rsquo;adaptation, t\u00e9moigne le m\u00e9decin. Je dis aux gens des quartiers : Allez les voir chez eux ! Est-ce la nouvelle communaut\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e \u00e0 la vindicte ? Peut-\u00eatre&#8230;\u00a0\u00bb Durant la campagne des municipales, les attaques des riverains de squats avaient \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une rare virulence. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai travaill\u00e9 longtemps dans les quartiers Nord de Marseille et j&rsquo;ai entendu des choses terribles sur les Arabes. L\u00e0, contre les Roms, c&rsquo;\u00e9tait de la haine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alain Fourest, militant de Rencontres tziganes, analyse ce sentiment comme la r\u00e9p\u00e9tition du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab\u00a0du dernier arriv\u00e9 qui ferme la porte aux nouveaux arrivants et d\u00e9signe le bouc \u00e9missaire qui prend le pain de la bouche\u00a0\u00bb. S\u00e9nateur communiste, Robert Bret d\u00e9plore \u00ab\u00a0ces r\u00e9flexes de peur et de rejet\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Dans ces quartiers tr\u00e8s fragilis\u00e9s, les gens vivent la pr\u00e9sence des Roms comme un risque de d\u00e9stabilisation.\u00a0\u00bb L&rsquo;\u00e9lu appelle \u00e0 une r\u00e9ponse des pouvoirs publics et \u00ab\u00a0ne souhaite pas que \u00e7a se passe comme en Italie, tant au niveau de la r\u00e9ponse de l&rsquo;Etat que du racisme et de la violence\u00a0\u00bb. Le ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est pas nouveau : Italiens en 1920-1930, Maghr\u00e9bins au milieu du XXe si\u00e8cle, Marseille a d\u00e9j\u00e0 connu cette forme violente d&rsquo;accueil de nouveaux arrivants.<\/p>\n<p>Luc Leroux<\/p>\n<p>Article paru dans l&rsquo;\u00e9dition du 13.08.08<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;article ci-joint confirme nos craintes quant aux conditions de survie des familles Roms \u00e0 Marseille et dans la r\u00e9gion   <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-565","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-discriminations-racisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/565","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=565"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/565\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=565"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=565"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=565"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}