{"id":1090,"date":"2012-10-26T11:39:05","date_gmt":"2012-10-26T10:39:05","guid":{"rendered":"http:\/\/rt.boullier.fr\/?p=1090"},"modified":"2012-10-26T11:39:05","modified_gmt":"2012-10-26T10:39:05","slug":"art1090","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/2012\/10\/26\/art1090\/","title":{"rendered":"Pour se mettre \u00e0 jour  :  Un article de Patrick William"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>Entretien avec Patrick Williams, anthropologue au CNRS-Paris, sp\u00e9cialiste des Tsiganes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<strong>D&rsquo;o\u00f9 viennent les Tsiganes&nbsp;?<\/strong><br \/>Il est aujourd&rsquo;hui admis, m\u00eame si cette th\u00e9orie scientifique est toujours en discussion, que les Tsiganes viennent d&rsquo;Inde. Leur langue est d\u00e9riv\u00e9e du sanskrit. Les historiens reconstituent peu \u00e0 peu l&rsquo;itin\u00e9raire de ce peuple, pass\u00e9 par la Perse, l&rsquo;Asie mineure, les contours de la mer Noire, la Gr\u00e8ce et la Turquie. C&rsquo;est dans ce dernier pays que leur parcours et leur langue se sont \u00e9clat\u00e9s pour former diff\u00e9rentes branches&nbsp;: on trouve aujourd&rsquo;hui des dialectes influenc\u00e9s par le turc, le grec, le roumain, l&rsquo;allemand, l&rsquo;espagnol&#8230;<br \/>En France, on relate l&rsquo;arriv\u00e9e des premiers groupes de \u00ab\u00a0Boh\u00e9miens\u00a0\u00bb d\u00e8s le XVe si\u00e8cle. On les appelait aussi les \u00ab\u00a0Egyptiens\u00a0\u00bb &#8211; d&rsquo;o\u00f9 viennent les mots \u00ab\u00a0gypsy\u00a0\u00bb en anglais et \u00ab\u00a0gitano\u00a0\u00bb en espagnol (gitan en fran\u00e7ais). M\u00eame s&rsquo;ils ne venaient pas d&rsquo;Egypte, les gens \u00e9taient sensibles \u00e0 leur exotisme et concevaient, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, des id\u00e9es fausses \u00e0 leur endroit.<br \/>Les Tsiganes qui s&rsquo;installent en Roumanie ont un statut d&rsquo;esclave depuis le XIVe si\u00e8cle, et ce jusqu&rsquo;au XIXe. C&rsquo;est \u00e0 ce moment, lors de leur \u00e9mancipation, qu&rsquo;ils commencent \u00e0 se d\u00e9placer vers l&rsquo;Europe occidentale. Certains viennent en roulotte, d&rsquo;autres en train, avec des tentes. On trouve, au milieu du XIXe si\u00e8cle, des reportages dans la presse fran\u00e7aise sur ces groupes qu&rsquo;on trouve tr\u00e8s pittoresques, les femmes portant de longues jupes color\u00e9es et des pi\u00e8ces d&rsquo;argent dans leurs nattes, les hommes, chapeaux, grandes bottes, barbe et cheveux longs&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>o\tComment sont-ils accueillis en France&nbsp;?<\/strong><br \/>Lorsque les premiers Tsiganes arrivent en France, il y a d&rsquo;abord un moment d&rsquo;\u00e9merveillement. Ils se pr\u00e9sentaient aux portes des villes en tant que p\u00e8lerins chr\u00e9tiens, disant qu&rsquo;ils avaient d\u00fb abjurer leur religion sous la pression de l&#8217;empire ottoman. Ils disaient qu&rsquo;ils devaient, depuis, aller de ville en ville sans jamais s&rsquo;arr\u00eater. Dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies, on leur offrait l&rsquo;hospitalit\u00e9, des victuailles, de la viande, du vin&#8230; Mais peu \u00e0 peu, on s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;ils ne faisaient pas que passer. Et il y a eu de plus en plus de plaintes pour de petits larcins &#8211; des vols de volaille dans les campagnes, des arnaques de diseuses de bonne aventure&#8230;<br \/>A partir du XVIe si\u00e8cle, l&rsquo;attitude \u00e0 leur \u00e9gard a chang\u00e9&nbsp;: les autorit\u00e9s se sont mises \u00e0 les expulser. Et comme tout le monde les chassait en m\u00eame temps, ils tournaient partout&#8230; et ce jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui&nbsp;! Mais la vision qu&rsquo;on s&rsquo;en fait reste toujours ambivalente, entre fascination et rejet. On les consid\u00e8re toujours \u00e0 travers des traits st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, \u00e0 la fois positifs et n\u00e9gatifs&nbsp;: ils sont libres, et ne respectent pas les lois, proches de la nature, et non-civilis\u00e9s, leurs filles sont s\u00e9duisantes, mais ensorceleuses&#8230; Louis XIV, par exemple, adorait se d\u00e9guiser en Boh\u00e9mien pendant les f\u00eates \u00e0 Versailles, ce qui ne l&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 de signer le \u00ab\u00a0d\u00e9cret du roi contre les Boh\u00e9miens\u00a0\u00bb. Au cours de l&rsquo;histoire, ils ont subi des traitements plus ou moins violents &#8211; avec, au plus extr\u00eame, la solution finale des nazis, qui aura tu\u00e9 entre 500 000 et 1 million de Tsiganes en Europe, selon les sources.<br \/><strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>o\tY a-t-il une unit\u00e9 du peuple tsigane&nbsp;?<\/strong><br \/>L&rsquo;unit\u00e9 se trouve surtout dans le regard qui est port\u00e9 sur eux, de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Vu de l&rsquo;int\u00e9rieur, il y a plut\u00f4t une grande diversit\u00e9. En banlieue parisienne, par exemple, un gitan qui vend des habits sur le march\u00e9 peut prendre une cliente rom pour une immigr\u00e9e d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, et la Romni le prendre pour un \u00ab\u00a0gadjo\u00a0\u00bb (terme romani pour d\u00e9signer les non-tsiganes). A l&rsquo;inverse, des Roms roumains peuvent se comprendre avec des Roms kald\u00e9raches qui vivent en France depuis le XIXe si\u00e8cle.<br \/>En France, les dialectes romani restent tr\u00e8s vivaces dans certaines communaut\u00e9s &#8211; comme le manouche dans le Massif central, en Alsace et dans les Pyr\u00e9n\u00e9es. D&rsquo;autres parlent un \u00ab\u00a0argot des voyageurs\u00a0\u00bb, dont certains mots ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;ailleurs repris dans l&rsquo;argot des cit\u00e9s [c&rsquo;est le cas par exemple de \u00ab\u00a0poukave\u00a0\u00bb (d\u00e9noncer), \u00ab\u00a0chourave\u00a0\u00bb (voler), \u00ab\u00a0marrave\u00a0\u00bb (frapper)].<br \/>o\tDans quels secteurs travaillent, traditionnellement, les Tsiganes&nbsp;?<br \/>Les Tsiganes ont souvent associ\u00e9 l&rsquo;artisanat et le commerce. Du temps des roulottes \u00e0 chevaux, c&rsquo;est-\u00e0-dire jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1950-1960, ils s&rsquo;\u00e9taient sp\u00e9cialis\u00e9s dans la vannerie. Les hommes fabriquaient, les femmes vendaient. Ils travaillaient aussi dans le maquignonnage &#8211; ils \u00e9levaient des chevaux et les vendaient&nbsp;-, ou encore dans le colportage, les march\u00e9s. Puis, avec les automobiles, ils se sont mis \u00e0 revendre des pi\u00e8ces de voiture et de la ferraille, ou encore tout autre produit de r\u00e9cup\u00e9ration. Les Roms kald\u00e9raches \u00e9taient chaudronniers et r\u00e9paraient le mat\u00e9riel de cuisine, pour des cantines, des h\u00f4pitaux, etc. Mais comme le cuivre et l&rsquo;aluminium ont disparu, ils se sont reconvertis dans la remise en \u00e9tat de l&rsquo;outillage industriel. Ils ont toujours, en tout cas, su s&rsquo;adapter aux conjonctures \u00e9conomiques.<br \/>Enfin, il y a aussi des familles tsiganes dans le cirque, les f\u00eates foraines, et une tradition de la musique et de la danse, des spectacles de rue. La musique tsigane est d&rsquo;ailleurs en vogue aujourd&rsquo;hui, avec des groupes comme les Gypsy Kings, et le jazz manouche de Django Reinhardt.<br \/>Par ailleurs, dans les ann\u00e9es 1970 \u00e0 1990, on a vu appara\u00eetre en France des Tsiganes venus d&rsquo;ex-Yougoslavie, avec des bandes d&rsquo;enfants qui font les poches dans le m\u00e9tro. Puis, apr\u00e8s la chute de Ceausescu en Roumanie, des Roms de Roumanie et de Bulgarie, qui pratiquent une mendicit\u00e9 parfois agressive. Au passage, les mesures r\u00e9centes du gouvernement sur l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;emploi des Roms ne concerne finalement que peu de monde&nbsp;: les 15 000 \u00e0 30 000 Roms venus de Roumanie et de Bulgarie, qui ont acquis une visibilit\u00e9 particuli\u00e8re dans l&rsquo;actualit\u00e9 ces derniers temps. C&rsquo;est peu, par rapport aux quelque 300 000 \u00e0 400 000 Tsiganes de France.<br \/><strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>o\tLes Tsiganes sont-ils nomades&nbsp;?<\/strong><br \/>L&rsquo;image du gitan qui voyage sur les routes est typique d&rsquo;Europe occidentale. En Europe de l&rsquo;Est, les Tsiganes sont s\u00e9dentaires, et sont plut\u00f4t associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image des cabanes, de petites maisons mis\u00e9rables dans un guetto, en ville ou \u00e0 la sortie des villages. Depuis la fin des r\u00e9gimes socialistes, les migrations de l&rsquo;Est vers l&rsquo;Ouest de l&rsquo;Europe sont dues \u00e0 des motifs \u00e9conomiques et politiques, \u00e0 des questions de pauvret\u00e9 et de racisme. En Hongrie et en Roumanie, il ne faut pas oublier qu&rsquo;il y a des pogroms, des descentes de bandes n\u00e9o-nazies contre les Roms.<br \/>En France, les Tsiganes peuvent vouloir se d\u00e9placer pour diff\u00e9rentes raisons. Dans mon enfance, dans le Massif central, des Manouches circulaient avec les chevaux, les roulottes, ils s&rsquo;arr\u00eataient pr\u00e8s des rivi\u00e8res, faisaient un grand feu de camp&#8230; Mais ils se d\u00e9pla\u00e7aient de quelques kilom\u00e8tres par jour, sur \u00e0 peine deux d\u00e9partements. Il y a aussi beaucoup de mouvements li\u00e9s \u00e0 la vie interne de la communaut\u00e9 &#8211; noces, d\u00e9c\u00e8s, religion &#8211; et d&rsquo;autres li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique, pour faire les march\u00e9s par exemple. Il y a des d\u00e9placements li\u00e9s aux expulsions aussi&#8230; Et des longs voyages dans leurs familles, en Europe ou aux Am\u00e9riques. Ils ont la culture de la rencontre, toutes les occasions sont bonnes pour se rassembler.<br \/>Angela Bolis<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tsiganes en France : \u00ab\u00a0La vision qu&rsquo;on s&rsquo;en fait reste ambivalente, entre fascination et rejet\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[22],"tags":[],"class_list":["post-1090","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ouvrages-de-reference"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1090","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1090"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1090\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1090"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1090"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.rencontrestsiganes.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1090"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}